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Parc de véhicules au Luxembourg : ce que disent vraiment les données SNCA

Le fichier de la SNCA annonce 604 570 immatriculations. Ce n'est pas le parc automobile du Luxembourg : 6,1 % sont des engins tractés. Une fois ce tri fait, les données ouvertes luxembourgeoises racontent un marché utilitaire très largement professionnel — 80,6 % des camionnettes sont détenues par une personne morale — et donnent quelques repères utiles à qui loue des véhicules dans le pays ou à sa frontière.

SA
Directeur Général, Lexio · 20 juillet 2026 · 7 min

Le Luxembourg publie, via la Société Nationale de Circulation Automobile (SNCA), deux fichiers ouverts sur le parc de véhicules : l'un ventile les immatriculations par localité, l'autre par âge. Les deux sont diffusés sous licence CC0 1.0 — domaine public, donc librement réutilisables. Les deux sont aussi mal connus, et le premier chiffre qu'on en tire est presque toujours faux. Voici ce qu'ils permettent réellement de dire, et ce qu'ils ne permettent pas.

604 570 immatriculations, 567 824 véhicules

Le fichier « types de véhicules par localité », millésime juin 2023, totalise 604 570 unités. C'est le chiffre qu'on voit reprendre comme « parc automobile luxembourgeois ». Il est trompeur : 36 746 de ces unités, soit 6,1 %, relèvent du groupe « remorques et engins tractés » — des engins non motorisés, remorques et semi-remorques en tête.

Le parc réellement motorisé s'établit donc à 567 824 véhicules. La répartition par grande famille est la suivante :

  • Voitures particulières : 447 643 (78,8 % du parc motorisé)
  • Camionnettes et utilitaires légers : 41 919 (7,4 % du parc motorisé)
  • Deux-roues et quadricycles : 37 637 (6,6 % du parc motorisé)
  • Tracteurs et machines : 22 180 (3,9 % du parc motorisé)
  • Poids lourds et tracteurs routiers : 11 223 (2,0 % du parc motorisé)
  • Véhicules spéciaux : 4 669 (0,8 % du parc motorisé)
  • Autobus et autocars : 2 553 (0,4 % du parc motorisé)

Ce tri n'est pas cosmétique. Dans le fichier source, la colonne carburant est vide pour l'intégralité des lignes d'engins tractés. Une analyse par motorisation qui se contente d'écarter les lignes sans carburant élimine donc 6,1 % du fichier sans le dire. C'est le genre d'erreur qui ne produit aucun message d'alerte et qui se propage ensuite dans tous les pourcentages.

Le parc utilitaire luxembourgeois est un parc d'entreprises

Le fichier distingue les détenteurs personnes physiques des personnes morales. Sur l'ensemble des 604 570 immatriculations, 171 758 sont au nom d'une personne morale, soit 28,4 %. Mais cette moyenne masque un écart considérable selon les familles :

  • Autobus et autocars : 99,1 %
  • Poids lourds et tracteurs routiers : 97,4 %
  • Camionnettes et utilitaires légers : 80,6 %
  • Tracteurs et machines : 30,2 %
  • Véhicules spéciaux : 26,8 %
  • Voitures particulières : 23,0 %
  • Deux-roues et quadricycles : 4,3 %

L'écart entre voitures particulières (23,0 %) et camionnettes (80,6 %) est le fait le plus utile du jeu de données pour un loueur. Il signifie que le marché de l'utilitaire léger au Luxembourg est structurellement B2B : quatre camionnettes sur cinq appartiennent déjà à une entreprise, une administration ou une société de leasing. Un loueur qui s'y positionne ne s'adresse pas à des particuliers occasionnels mais à des flottes existantes — avec les attentes qui vont avec en matière de facturation, de contrat-cadre et de disponibilité.

Deux marchés, deux motorisations

La même fracture se lit dans le carburant. Côté voitures particulières, la bascule est faite : l'essence est passée devant le diesel.

  • Essence : 195 682 (43,7 %)
  • Diesel : 190 843 (42,6 %)
  • Hybride : 42 456 (9,5 %)
  • Électrique / hydrogène : 18 258 (4,1 %)
  • Gaz (LPG, CNG, LNG) : 404 (0,1 %)

Côté camionnettes et utilitaires légers, rien de tel :

  • Diesel : 39 516 (94,3 %)
  • Essence : 1 589 (3,8 %)
  • Électrique / hydrogène : 634 (1,5 %)
  • Gaz (LPG, CNG, LNG) : 155 (0,4 %)
  • Hybride : 25 (0,1 %)

Autrement dit : au millésime juin 2023, l'utilitaire luxembourgeois est encore un véhicule diesel à 94,3 %, quand la voiture particulière a déjà basculé. Pour une flotte de location, c'est un signal double — le diesel reste la norme du marché et de l'offre d'occasion, mais l'électrification du segment utilitaire, à 1,5 %, part de très bas, loin des 13,6 % d'électriques, d'hydrogène et d'hybrides atteints côté voitures.

Attention à ce que « localité » veut dire

Le fichier permet de classer les localités par effectif immatriculé. Luxembourg arrive en tête avec 87 111 unités, devant Strassen (25 745), Esch-sur-Alzette (23 795), Dudelange (16 906) et Leudelange (12 309). Sur les seules camionnettes, le classement est proche : Luxembourg (5 715), Strassen (2 354), Leudelange (1 467), Esch-sur-Alzette (1 382) et Dudelange (854).

Ces chiffres ne disent pas où les véhicules roulent. La localité rattachée à un véhicule est celle de l'adresse du détenteur sur le certificat d'immatriculation — donc, pour une flotte, celle du siège ou de la société de leasing. La preuve est dans les données elles-mêmes : parmi les 86 localités d'au moins 1 000 voitures, la part d'immatriculations au nom d'une personne morale atteint 99,1 % au Findel, 97,3 % à Windhof (Koerich), 83,9 % à Leudelange, 78,4 % à Strassen et 78,0 % à Capellen. À comparer aux 41,1 % à Luxembourg, 21,9 % à Esch-sur-Alzette, 13,3 % à Dudelange et 12,6 % à Differdange.

Strassen, deuxième « ville automobile » du pays devant Esch-sur-Alzette, ne compte évidemment pas 22 677 voitures de résidents. On y lit une concentration d'adresses d'immatriculation professionnelles, pas une densité de circulation. C'est une géographie fiscale et administrative, à ne jamais présenter comme une géographie d'usage.

Le détail localité par localité, avec la ventilation par catégorie, par carburant et par type de détenteur, est consultable dans notre explorateur du parc de véhicules luxembourgeois, construit à partir des mêmes fichiers.

L'âge du parc : un fichier plus ancien, à manier séparément

Le second jeu de données, sur l'âge des véhicules, porte sur janvier 2020. Il montre un parc utilitaire plutôt jeune : 53,2 % des camionnettes avaient alors cinq ans ou moins, et 20,6 % plus de dix ans. Les voitures particulières étaient dans une structure comparable (51,1 % de cinq ans ou moins, 23,0 % de plus de dix ans). Le vieillissement se concentre ailleurs : 66,8 % des tracteurs et machines et 50,5 % des engins tractés dépassaient les dix ans.

Une précaution s'impose ici, et elle est dirimante : ce fichier date de janvier 2020, celui des localités de juin 2023. Les deux ne sont pas contemporains. Croiser l'âge et la localité, ou lire un écart entre les deux millésimes comme une évolution du parc, produirait un artefact et non une tendance. Ce sont deux photographies distinctes, prises à plusieurs années d'écart, avec des périmètres qu'on ne peut pas rapprocher — le fichier âge totalise d'ailleurs 562 807 véhicules, sur un périmètre qui n'est pas celui du fichier localités.

Ce que ces données ne permettent pas de dire

Trois limites méritent d'être posées franchement.

D'abord, la fraîcheur. La Société Nationale de Circulation Automobile (SNCA) n'a pas publié de millésime plus récent que juin 2023 pour les localités, ni que janvier 2020 pour l'âge. Ces données décrivent un état passé du parc, pas la situation d'aujourd'hui.

Ensuite, la stabilité de la nomenclature. En testant le traitement sur les millésimes antérieurs, on trouve en 2022 un libellé de carburant « DIESEL + LPG » qui a disparu du millésime juin 2023. Les catégories bougent d'une publication à l'autre ; toute comparaison entre millésimes doit être vérifiée libellé par libellé, sous peine de faire disparaître silencieusement une motorisation entière.

Enfin, le périmètre. Il s'agit d'immatriculations, pas de circulation ni de possession effective. Un véhicule immatriculé au Luxembourg peut rouler en Belgique, en France ou en Allemagne, et un véhicule utilisé quotidiennement au Luxembourg peut être immatriculé ailleurs. Dans un pays où une part importante de la main-d'œuvre est frontalière, cette nuance n'est pas théorique.

À noter, à décharge : contrairement à d'autres fichiers nationaux équivalents — le belge, notamment — les deux fichiers luxembourgeois ne contiennent aucune ligne de total ni de sous-total. Vérification faite ligne à ligne sur les 12 720 lignes du fichier localités : le risque classique de double-compte par sommation n'existe pas ici. C'est une bonne surprise, et elle rend ces fichiers plus faciles à exploiter que leur âge ne le laisserait craindre.

Méthodologie et sources

Les chiffres de cet article proviennent de deux jeux de données publiés par la Société Nationale de Circulation Automobile (SNCA) sur data.public.lu : « Types de véhicules par localité » (millésime juin 2023) et « Âge des véhicules » (millésime janvier 2020), tous deux sous licence CC0 1.0 — domaine public. Les pourcentages sont recalculés à partir des effectifs bruts, les répartitions par motorisation portant sur le seul parc motorisé. Les classements de localités retiennent les 546 localités d'au moins 10 unités sur 646 libellés ; les 100 localités résiduelles (367 unités) restent comptabilisées dans les totaux nationaux. Données extraites le 19 juillet 2026.

Questions fréquentes

Combien de véhicules compte le parc luxembourgeois ?

Le fichier de la Société Nationale de Circulation Automobile (SNCA) recense 604 570 unités immatriculées au millésime juin 2023, mais ce total inclut 36 746 engins tractés non motorisés (remorques et semi-remorques). Le parc motorisé s'établit à 567 824 véhicules, dont 447 643 voitures particulières et 41 919 camionnettes et utilitaires légers.

Quelle part du parc utilitaire luxembourgeois appartient à des entreprises ?

80,6 % des camionnettes et utilitaires légers sont détenus par une personne morale, contre 23,0 % des voitures particulières. La proportion monte à 97,4 % pour les poids lourds et tracteurs routiers et 99,1 % pour les autobus et autocars.

Le diesel est-il encore majoritaire au Luxembourg ?

Cela dépend du segment. Chez les voitures particulières, l'essence est passée devant le diesel (43,7 % contre 42,6 %, millésime juin 2023). Chez les camionnettes et utilitaires légers, le diesel représente encore 94,3 % du parc, contre 1,5 % d'électrique ou hydrogène.

Peut-on savoir où circulent les véhicules à partir de ces données ?

Non. La localité correspond à l'adresse du détenteur au certificat d'immatriculation, souvent le siège d'une entreprise ou d'une société de leasing. Parmi les localités d'au moins 1 000 voitures, la part d'immatriculations au nom d'une personne morale atteint 99,1 % au Findel contre 13,3 % à Dudelange : le classement des localités décrit une géographie d'immatriculation, pas d'usage.

Ces données sont-elles à jour ?

Non, et c'est leur principale limite. Le fichier par localité porte sur juin 2023, celui par âge sur janvier 2020 — ce sont les millésimes les plus récents publiés par la Société Nationale de Circulation Automobile (SNCA). Les deux n'étant pas contemporains, il ne faut ni les croiser ni lire leur écart comme une évolution du parc.

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